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LA LETTRE DE
VIRGINIE
Quelle riche expérience
je suis en train de terminer ici. L'autre jour les prisonniers
me demandaient : "Pourquoi fais-tu tout cela pour nous ?", je
leur ai répondu : "Cette expérience m'a apporté certainement bien
plus que ce que j'ai apporté. J'ai donné beaucoup en temps, en
énergie, en écoute, mais j'ai reçu des leçons d'humilité, de
tolérance, d'amitié, de patience, ... n'est ce pas bien plus
important ?"
Jamais je
n'oublierai ces 22 mois passé au milieu de ces sourires, de ces gens
généreux et hospitaliers, de ces étendues de nature, de ces
enfants courant à notre rencontre pour s'asseoir autour de la
table de l' " escualita ", des réveils à cinq heures du matin
par les ânes se prenant pour des coqs, des ces fruits juteux qui
croulent sur les arbres, de ce Pacifique déchaîné, de ce ciel
étoilé, de l'amitié des prisonniers, du quotidien dans ma
famille mexicaine, des fous rire dans la biscuiterie avec les
femmes de Cuatode, des moments d'échange et de calme avec
Fortunata, de ce ciel bleu en continu, des couchers de soleil
aux couleurs multiples, des jours avec moins de
moustiques...
Cependant ce
n'est pas non plus toujours rose au Mexique. La plus grande
difficulté rencontrée, fut certainement d'être confrontée au
tempérament extrêmement passif du Mexicain face aux choses
importantes de la vie. Alors qu'ils peuvent se montrer
terriblement sanguins dans le quotidien, dès qu'il s'agit de faire
changer le fonctionnement de fond, rien ne se fait. Pas de
réaction face à un professeur incapable d'apprendre les rudiments de
la lecture et de l'écriture, par contre l'enfant se fera taper à
la maison parce qu'il ne sait pas lire... Pas de réaction
non plus face à une corruption exaspérante à tous les niveaux, et
dont ils sont les premiers à en pâtir, mais de nouveau, personne
ne bouge…
Il m'a fallu
accepter ne pas vouloir changer leur façon d'aborder les problèmes
de la vie, mais vivre à leur côté, simplement être là, en
essayant tout de même, je n'ai pu m'en empêcher, de faire passer
des messages. J'espère avoir contribué à la continuité du travail
d'Isabelle, elle m'a fait confiance en me confiant son " bébé ",
et je pense avoir fait mon possible pour l'aider à grandir et
s'épanouir en douceur. Ce que j'ai adoré dans ce projet ? Le côté
humain des choses... c'est sûr que l'association est petite,
mais cela nous donne l'occasion de tout suivre de très près, et
de réellement consacrer du temps à ceux qui en ont besoin. J'aime
parler de ce projet comme étant une "petite goutte d'eau dans
l'océan, mais une vraie".
C'est le cœur
triste mais la tête remplie de belles images que je tourne une page
de ma vie. Mais je suis trop attachée à ce projet que pour
passer au chapitre suivant, je vais donc continuer à aider
Isabelle à coordonner et dynamiser la Casa au départ de
Bruxelles.
Merci pour votre
soutien. Virginie |
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