Témoignage de Julie De Cock, décembre 2007

Il est difficile de faire partager une expérience longue de six mois et des poussières, en une page A4. Je tenterai donc de vous la conter en ressassant des parcelles de souvenirs qui me viennent spontanément à l’esprit …

Pochutla, 10h30, je sors du bus avec 15h de trajet dans les jambes, 7h de décalage horaire, le tout sous une chaleur de plomb. « ¿Güera, vas a Mazunte ? », m apostrophe un « moreno ». A peine le temps de répondre qu’il s’empare de mon sac pour le mettre dans le « camioneta ». Me voici partie pour le début de mon aventure, vers un village inconnu, qui aujourd’hui n’a presque plus de secrets pour moi … J’arrête la camioneta au pont, avant le terrain de basketball, selon les indications d Isabelle, puis je passe devant la tienda Lulu et aperçois alors la pancarte « Gota de vida » nom de la posada où j’allais passer mes six mois de volontariat. Lieu qui porte son nom à merveille : «  goutte de vie ». A peine franchie le pas de la porte ; au sens figuré, étant donné que la seule porte que j’avais coutume d’ouvrir était celle de ma chambre pour aller me bercer dans les bras de Morphée; Pierre, ancien volontaire, m’accueille chaleureusement et me présente à toute la famille. Chepa et l’abuela entrain de trier le mais, Pedro « hechando la hueva » dans son hamac (en train de se reposer), Lucia occupée à laver le linge et enfin Enrique les yeux rivé sur le match de football. On me montre ma cabana, je pose enfin mes sacs, je me sens déjà chez moi ! Demain je visite le premier village, je me réjouis…

Je me rappelle des premiers jours dans les villages, des regards des enfants à la fois intrigués et méfiants et de leurs sourires masqués. Puis, au fur et à mesure des rencontres, la confiance s’installe, mais ne pas s’en réjouir trop vite car au moindre faux pas, tout est à recommencer… Le mot d’ordre est « patience », mais les efforts sont récompensés par les sourires des enfants.

Parmi les quatre villages appuyés par La Casa Oaxaqueña, j’ai décidé de réaliser mon projet à Cerro la Cruz. Il s’agissait du village le plus retiré, mais le chemin pour s’y rendre était tellement agréable que je ne me rendais parfois plus compte de la distance. Je me souviens des parties de « touche-touche », rassemblant mes dernières forces après l’escuelita, avec Carlito et Hector accompagnés de la petite Ruth, le long du cours d’eau sur le chemin du retour. Leurs éclats de rire me résonnent encore dans les oreilles…

Mon projet était d’écrire un conte avec les enfants et de le transposer par la suite en pièce de théâtre. C’était le première fois que je réalisais ce type d’activité, j’étais donc impatiente de voir le résultat et découvrir les réactions des enfants. J’avoue que l’expérience s’est avérée plus difficile que ce que je pensais. Cependant, ce fût d’autant plus intéressant et enrichissant pour mon apprentissage car je devais sans cesse trouver de nouvelles idées pour capter l’attention des enfants et les faire évoluer tout en les faisant se distraire. Au début, lors des exercices d’écriture, l’histoire se résumait en quelques lignes et finissait par d’au moins un des protagonistes. Après plusieurs séances d’exercices destinés à développer leur  imagination, nous sommes parvenu à écrire le conte dont voici le début :

« Il était une fois, à Mexico city, dans la rue espérance, une maison. C’était une maison immense, dernière laquelle se trouvait un jardin gigantesque recouvert d’une pelouse d’un vert éclatant. Le jardin était rempli de couleurs, il y avait des roses, une multitude d’arbres au feuillage abondant, rempli de fruits. Le matin on pouvait entendre les chants des oiseaux. Il y avait également une grande piscine dans laquelle les enfants s’amusaient comme des fous.

Le fond du jardin était rempli de roses, dans la plus laide d’entre elle vivait une famille de papillon. La famille était pauvre et n’avait pas d’argent ni pour se nourrir, ni pour s’acheter de vêtements »

J’étais impressionnée de voir comment ils avaient transposé leur situation quotidienne au travers des personnages. C’est entre autre pour cette raison que, selon moi, le conte représente un excellent moyen d’expression car il révèle des éléments, des problèmes de la vie quotidienne de façon imagée. Tout comme le théâtre constitue à mes yeux un excellent outil de communication qui permet aux plus timides de s’exprimer, s’extérioriser, car leurs manifestions en public se réalisent dans un espace protégé et ce via l’interprétation d’un personnage. Au cours des exercices de théâtre, j’ai été agréablement surprise de constater l’évolution de certains enfants au niveau du plan relation et de la prise de confiance en soi.

Je me souviens le jour de la représentation, nous avions tout mis en place lorsque, venue de nulle part, la pluie nous a pris au dépourvu. Nous étions tous réfugiés dans l’escuelita, attendant impatiemment que notre invitée importune s’en aille. J’ai alors demandé aux enfants s’ils voulaient présenter la pièce aujourd’hui ou la reporter au lendemain. Dans un élan de joie, ils m’ont répondu en cœur : « Aujourd’hui ! »

Le rideau s’ouvre, les premiers personnages entrent en scène, l’histoire s’enchaîne, arrive déjà l’heure des applaudissements. Jamais je n’oublierai le regard des enfants au moment de saluer le public. Leurs yeux étaient remplis de satisfaction et de joie. Après tous les efforts fournis pour monter la pièce, ils recevaient finalement en échange la reconnaissance de leurs proches. Quant à moi, j’avais relevé mon défi et emportais avec moi une multitude de souvenirs chargés en rires et en émotions qui resteront encore longtemps gravés dans mes pensées.

A côté des souvenirs des enfants, il y a aussi tous les moments passés à « Gota de vida » : les parties de cartes le soir avec Pedro, le crochet dans le hamac avec Marie, autre volontaire, les cours de français avec Katy, volontaire mexicaine, les longues discussions après le souper, les joggings matinaux sur la plage de Mazunte, la préparation des crêpes avec Pierre pour offrir aux enfants, les granolas, tamales et tortillas de Chepa, sans oublier le poisson, l’agujon, tout juste pêché par Enrique, la patience d’Enrique pour les cours d’hamac. Mais également, le bruit des cocos qui tombaient pendant la nuit dans le jardin, les savoureuses mangues cueillies dans les arbres, le chant des oiseaux à l’aube accompagné du chant du coq à n’importe qu’elle heure de la journée, les hurlements pressants de l’âne de Pedro, ,,,

Tous ces moments de bonheur, ces parfums exotiques, ces bruits familiers, mis bout à bout ont fait de ces 6 mois de volontariat une expérience unique, à la fois enrichissant sur le plan humain-relationnel, et professionnel.

Avant de vous laisser rêver et voyager entre ces quelques lignes du récit de mon aventure, je voudrais remercier Isabelle de m’avoir permis de réaliser cette magnifique expérience et de m’avoir octroyé sa confiance dans mon travail avec les enfants. J’espère que la casa oaxaqueña continuera encore longtemps et que j’aurai l’occasion de revenir d’ici quelques années pour redécouvrir les plaisirs de Mazunte ainsi que le sourire des enfants.

Julie De Cock